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Fertilience

Fondamentaux, fiche pédagogique

La fertilité masculine

La moitié du sujet, trop souvent reléguée au second plan.

Une fiche pour remettre le bilan homme à sa juste place, dès le début du parcours, à parité avec le bilan femme.

À retenir en 10 secondes

Un bilan homme est aussi important qu'un bilan femme. Dans deux couples sur trois consultant pour infertilité, un facteur masculin est en jeu.

Remettre l'homme dans l'équation

Un tiers, un tiers, un tiers

Les données OMS et EAU sont sans ambiguïté : dans environ un tiers des infertilités de couple, la cause est exclusivement masculine ; dans un autre tiers, elle est mixte ; dans le dernier tiers seulement, elle est exclusivement féminine. Malgré cela, la femme enchaîne encore souvent bilans hormonaux, échographies et hystérographies avant qu'on ne pense au spermogramme. C'est une injustice pratique autant que scientifique. Le bilan masculin doit démarrer en parallèle du bilan féminin, dès le premier rendez-vous, pas six mois plus tard.

Le spermogramme, OMS 2021

Sept paramètres, sept seuils de référence

Les seuils OMS 2021 (6e édition) sont des repères statistiques issus d'hommes ayant obtenu une grossesse en moins de 12 mois. Un résultat légèrement en dessous ne condamne rien ; un résultat dans les normes ne garantit rien non plus. Le contexte clinique l'emporte toujours.

Volume

≥ 1,4 mL

Volume total de l'éjaculat après 2 à 7 jours d'abstinence.

Concentration

≥ 16 M/mL

Nombre de spermatozoïdes par millilitre.

Numération totale

≥ 39 M

Nombre total de spermatozoïdes dans l'éjaculat.

Mobilité progressive

≥ 30 %

Spermatozoïdes se déplaçant réellement vers l'avant.

Mobilité totale

≥ 42 %

Mobilité progressive + non progressive cumulées.

Vitalité

≥ 54 %

Spermatozoïdes vivants (test d'exclusion à l'éosine).

Morphologie normale

≥ 4 %

Formes normales selon les critères stricts de Kruger.

Conditions du recueil, 2 à 7 jours d'abstinence, éviter les épisodes fébriles récents (une fièvre au-dessus de 38,5 °C perturbe la spermatogenèse plusieurs semaines). Un spermogramme anormal se recontrôle systématiquement après 2 à 3 mois.

Fragmentation de l'ADN spermatique

Ce que le spermogramme ne voit pas

Un spermatozoïde peut être mobile, morphologiquement correct, et porter un ADN abîmé (cassures, oxydation). Cette qualité de l'ADN se mesure par des tests spécifiques (TUNEL, SCSA, SCD-Halosperm). Un taux élevé, généralement au-delà de 25 à 30 % selon la technique, est associé à une baisse des chances de grossesse spontanée, à un risque accru de fausse couche précoce et à de moins bons résultats en FIV et en ICSI.

Fausses couches à répétition
Échecs répétés de PMA (FIV, ICSI)
Infertilité inexpliquée
Antécédent de varicocèle
Âge paternel supérieur à 40-45 ans
Exposition oxydante (tabac important, chaleur, chimiothérapie)

À demander explicitement, ce n'est pas un examen systématique (EAU, ESHRE).

Varicocèle

Fréquente et traitable

15 % de la population masculine générale, jusqu'à 40 % des hommes explorés pour infertilité.

Mécanisme

Dilatation des veines du cordon spermatique, le plus souvent à gauche. La stase veineuse augmente la température scrotale locale et le stress oxydatif, ce qui altère la spermatogenèse.

Diagnostic

Clinique (palpation debout, manœuvre de Valsalva) confirmé par échographie-doppler scrotal.

Prise en charge

Cure chirurgicale (microchirurgie sous-inguinale) ou embolisation radiologique. Amélioration des paramètres du sperme chez environ deux tiers des hommes traités, avec un bénéfice sur les chances de conception en cas de varicocèle clinique palpable et de spermogramme altéré (EAU 2023).

Hygiène de vie et stress oxydatif

Des leviers qui bougent réellement, en 3 mois environ

La spermatogenèse dure environ 74 jours. Une agression subie aujourd'hui se voit sur le spermogramme 2 à 3 mois plus tard. Bonne nouvelle : une amélioration met aussi environ 3 mois à porter ses fruits.

  • Arrêter le tabac : effet dose-dépendant sur la concentration et la fragmentation, réversible en quelques mois.
  • Limiter l'alcool à moins de 3 verres par jour : effets démontrés sur la testostérone et la qualité spermatique.
  • Éviter la chaleur chronique : bains chauds prolongés, sauna quotidien, ordinateur sur les genoux, sous-vêtements trop serrés.
  • Corriger un IMC supérieur à 30 : effet via aromatase et inflammation systémique.
  • Attendre 2 à 3 mois après un changement pour évaluer l'effet sur un nouveau spermogramme (durée de la spermatogenèse : ~74 jours).

Mythe ou réalité

« L'âge des hommes n'a pas d'impact »

Mythe

« Un homme peut faire des enfants toute sa vie sans que la qualité ne change. »

Réalité

L'âge paternel compte, surtout à partir de 40-45 ans.

Augmentation de la fragmentation de l'ADN spermatique, allongement du délai de conception, sur-risque de fausse couche et de certaines pathologies néonatales. L'effet est plus progressif que côté féminin, mais bien réel.

À retenir

Trois idées à garder en tête

Dans deux couples sur trois consultant pour infertilité, l'homme est concerné.

Le spermogramme se contrôle toujours 2 à 3 mois plus tard, jamais conclu sur un seul examen.

La fragmentation de l'ADN et la varicocèle sont sous-diagnostiquées et souvent modifiables.

Consensus scientifique

Le bilan masculin doit démarrer en parallèle du bilan féminin. Le spermogramme se lit avec les seuils OMS 2021 et se recontrôle à 2-3 mois.

Références : OMS 2021 (6e édition, Laboratory manual for the examination and processing of human semen) · EAU Guidelines on Sexual and Reproductive Health 2023 · ESHRE Guideline on Male Infertility

FAQ

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